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Jeudi 14 avril 2005 4 14 /04 /Avr /2005 00:00

Renouveau printanier

 

Chers amis,

 

Des températures clémentes ont amené, avec elles, les premiers jours (et les derniers) de notre printemps en Chine.  Les Chinois du Nord disent parfois qu’au fond, il n’y a que trois saisons au pays du Milieu : l’été, l’automne et l’hiver.  En fait, le printemps est si court qu’il n’existe pratiquement pas.  Il dure, selon nos amis d’ici, un peu plus de trois semaines au maximum.  Ce sont néanmoins trois semaines de pur bonheur pour les ptits Québécois qui s’ennuient de la riche nature de leur coin de pays.  Les bourgeons avaient à peine eu le temps de se pointer le bout du nez que déjà, la verdure recouvrait la grisaille de Tianjin.  Même les marteaux piqueurs fracassant les rues du voisinage me semblent moins agressants  Les arbres sont en fleurs partout, donnant des vrais airs de jardins fleuris à notre Fukang Huayuan (cela veut dire jardin de fleurs de la rue Fukang).  Les cerisiers japonais, qui fleurissent à ce moment précis de l’année, sont tout simplement de toute beauté. 

 

C’est en arrivant à l’école les yeux encore remplis du charme que donnent les arbres verts à ma randonnée quotidienne séparant l’école de l’appart que je suis tombée sur ma chère professeur Meng.  Éternel col mao, droite comme un lampadaire, elle me céda la place dans l’ascenseur.  « Je vais prendre l’escalier, c’est bon pour la santé » me dit-elle.  Bon ça y est, elle va me dire de boire de l’eau et de manger des fruits pour contrer les effets du rhume que je traîne depuis quelques jours, me dis-je.  Elle tourne les talons (peut-être était-elle un soldat dans une autre vie) et s’éclipse dans la cage d’escaliers.  Dieu que j’aimerais mieux passer la journée dehors, soupirais-je. 

 

Je ne me doutais pas que la leçon d’aujourd’hui, agrémentée des confessions de cette chère Meng, allait bouleverser ma semaine et, n’exagérons pas, tout le sens que prend mon séjour en Chine.  La leçon de cette semaine porte sur les différences entre trois mamans chinoises, venant de trois générations différentes.  La première est née avant le maoïsme et sa vie ne se résume qu’à une seule utilité : génitrice d’un hériter mâle et pourvoyeuse de bons soins au dit héritier.  La seconde fonde une famille au cœur de la grande Révolution culturelle des années 60 et 70.  Enfin, la dernière, est de ma génération.  Elle élève sa fille dans ces années que les Chinois voient comme celles de l’influence de l’Occident sur la Chine, transformant son enfant en petite impératrice gavée de sucreries et de luxes divers. Un texte donc qui se révèle fort intéressant et qui, cette semaine, contribue à mon enthousiasme à me rendre au cours.

 

Ayant déjà étudié la partie sur la mère traditionnelle lundi et mardi, nous consacrons la période d’aujourd’hui à la femme chinoise révolutionnaire, celle qui donnait tout à la cause communiste et qui confiait ses enfants à la crèche, faute d’avoir du temps pour s’en occuper.  Soupçonnant que Mme Meng a elle aussi nagé en pleine Révolution, je lance timidement la question.  « Est-ce que ce que vous avez vécu? » me risquais-je.  Elle dépose son cahier, esquisse un sourire. « Malheureusement, moi, j’ai été envoyée à la campagne… » avoue-t-elle dans une presque gêne.  Notre curiosité piquée au vif, elle continue, prenant soin de fermer la porte.  Heure des confidences tant attendues, jubilais-je. 

 

Mlle Meng avait 17 ans quand la Révolution culturelle chinoise a éclaté en 1966.  Elle étudiait alors à l’Université Nankai.  Elle se rappelle encore des premières journées.  Les étudiants amenaient leurs professeurs à l’extérieur, leur faisant porter divers bonnets couverts d’insultes (Mao avait dit à bas les intellectuels, les bourgeois et les capitalistes).  Elle revoit encore le campus couvert d’étudiants chantant les louanges du Parti Communiste, éclaboussant de honte leurs enseignants qu’hier, ils respectaient.  « Mais je n’étais pas de ceux qui critiquaient publiquement, dit-elle.  Ce fut vite mon tour ».  Parce que fille d’un médecin (profession considérée bourgeoise),  la jeune Meng fut envoyée dans un village du nord-est de la Chine.  Séparée de tous les membres de sa famille écartelée aux quatre coins de la campagne chinoise, elle apprend à, comme le dit-elle, à creuser des trous.  Sa rééducation à la campagne dura 13 ans.  13 ans où elle ne fera que creuser des trous (elle l’a répété à plusieurs reprises tellement que j’ai pensé que cette femme là n’a plus jamais creusé de trous dans sa vie…), planter des légumes qui ne poussaient pas, affronter des paysans qui la haïssaient pour ses antécédents bourgeois, cacher des croûtes de pain dans son tablier pour arriver à tenir le coup.  13 ans plus tard, en 1979, elle revient à Tianjin.  Elle a trente ans mais, comme elle le dit, en a l’air de 40.  « Ces années-là, la vie n’a pas été tendre avec moi » parvient-elle par nous avouer en serrant la mâchoire.  Elle finit par se marier à un jeune professeur qui, comme elle, revient des champs.  Touchée par la politique de l’enfant unique, ils n’auront qu’une fille qui a aujourd’hui 29 ans.  La fillette sera éduquée à la dure par cette femme qui, malgré tout, continuait de croire en la cause révolutionnaire.  Aujourd’hui, sa fille est en Belgique.  Elle et son mari font du commerce import export (en français!) avec une compagnie belge.  Il y a maintenant deux ans que professeure Meng n’a pas vu sa fille.  Elle espère que celle-ci reviendra bientôt parce qu’elle a le devoir de prendre soin de ses vieux parents.  En Chine, pas de pension de vieillesse.  C’est à l’enfant de s’occuper de ses parents vieillissants.

 

J’ai tourné la tête, regardé au dehors, m’imaginant cette femme si frêle devoir répondre, sous les yeux de ses camarades de classe, à des accusations sans fondement.  Et ça s’est passé juste ici, en bas des marches, il y a à peine 30 ans.  Après tout, me suis-je dit, quelle chance ai-je de côtoyer chaque jour des femmes et des hommes qui ont vécu ce que je lis dans les livres depuis plusieurs années.  Il me suffit de tendre l’oreille et d’ouvrir les yeux.  À la pause, j’ai remercié ma professeure pour son témoignage et Janelle et moi nous sommes dits que c’est de loin le cours le plus intéressant que nous ayons eu depuis notre arrivée en Chine.

 

Vive le printemps!

Par Emilie - Publié dans : alexetemilie-en-chine
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Lundi 28 mars 2005 1 28 /03 /Mars /2005 00:00

La Chine pour les nuls

 

 

Selon le principe des célèbres livres pour les nuls, voici quelques trucs pour outrepasser le choc culturel qui attend l’occidental à son arrivée en Chine….. et pendant à peu près tout son séjour finalement.

 

 

  1. Parfois, il est intéressant de côtoyer l’habitant  lors d’un voyage dans un pays étranger.  En Chine, on a même la chance de partager un instant au petit coin.  C’est toujours aussi agréable de voir comment il nous regarde la blancheur des fesses avec un sourire.  Ah ! oui.  J’avais oublié de dire que parfois il n’y a pas de séparation entre les toilettes ou plutôt entre les trous.

 

  1. Certains Chinois aiment bien cracher par terre, dans la rue, dans les magasins et parfois même……. dans les restaurants. Sans commentaire.

 

  1. Certains Chinois aiment bien aussi se moucher à l’indienne ( méthode qui consiste, pour les incultes, à pincer une des deux narines pour évacuer le mucus de l’autre narine en expirant l’air de toutes ses forces). Cela va sans dire que c’est d’un chic fou, surtout lorsque effectué par une jolie demoiselle de 21 ans.

 

  1. À la question : «  pourquoi les mouchoirs chinois sentent si fort le parfum ? », vous trouverez rapidement la réponse lorsque vous pénétrerez dans une toilette chinoise…. le mouchoir sur votre nez !

 

  1. Si une vieille dame vous fonce dedans au supermarché, vous croirez sans doute que c’est un accident, il n’en est rien.  Cela signifie tout simplement que vous êtes dans son chemin.  Le geste est souvent imité par quelqu’un d’autre quelques secondes après…rien de plus relaxant.

 

  1. Si , au même supermarché, quelqu’un vous regarde, étonné de voir un blanc, c’est normal.  Si il se fouille dans le nez en même temps, c’est encore plus normal.

 

  1. Si votre professeur porte les mêmes vêtements toute la semaine, ça aussi c’est normal.

 

  1. Si votre voisin d’en haut vous énerve parce que vous avez l’impression qu’il découpe son comptoir à l’aide de son couperet, c’est pratique.  Ça veut tout simplement dire que c’est l’heure de manger.

 

  1. Si un autre voisin nourrit des pigeons et que vous entendez un coup de feu, ça veut aussi dire que c’est l’heure de manger.

 

  1. Lorsque votre nouveau voisin emménage, il est tout à fait normal qu’il mette le feu à plusieurs paquets de pétards à mèches jusqu’à ce que vous ayez envie de lui en mettre un dans le bec.  Mais c’est correct parce que c’est pour éloigner les mauvais esprits et ça nous profite aussi.

 

  1. Lorsque vous prenez le taxi, rassurez-vous. La Chine est connue pour son grand nombre d’accidents automobile.  À les voir conduire, on comprend vite pourquoi !

 

  1. Si jamais un Chinois vous parle et s’aperçoit que vous ne comprenez pas, il redira la même maudite affaire mais, plus fort.  C’est que le dit Chinois croit que vous avez des problèmes d’audition et non des problèmes de langue.  C’est vrai que le chinois est une langue si facile qu’on se demande pourquoi elle n’est pas devenue la langue internationale ?

 

  1. Le même peut parfois avoir une haleine qui vous fige instantanément sur place vous empêchant d’avoir le dessus dans la conversation.  Vous allez sûrement fléchir pour qu’il sacre son camp au plus tôt.

 

  1. Finalement,  si jamais vous vous surprenez à acheter une vingtaine de DVD par semaine, c’est normal, vous avez attrapé la DVD disease ( encore plus contagieux que le SRAS).

 

 

Les faits sus-mentionnés sont peut-être exagérés un peu pour s’adapter au texte mais pas du tout inventés de toute pièce. 

 

Malheureusement !!!!

 

alex (ou shanda en chinois)

Par Alexandre Lachance - Publié dans : alexetemilie-en-chine
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Lundi 21 mars 2005 1 21 /03 /Mars /2005 00:00

Ming Li, c’est mon nom chinois.  Simplement d’entendre ces deux syllabes, je m’imagine tout de suite dans un cours de grammaire chinoise à l’Université Nankai; c’est tout vous dire.  Ce matin, en me rendant au dit cours, j’ai réalisé que vendredi, cela fera un mois que la session est commencée.  Un mois qui a passé si vite, me dis-je.   Je savais aussi que ce gris lundi marquait la remise de notre premier examen de grammaire.  À peine entrée dans la classe, mon regard croise celui de notre professeure, Meng Laoshi.  Meng (prononcez mangue), en chinois, signifie « rêve » et laoshi signifie tout simplement professeur.  D’ailleurs, en Chine, il est fréquent de se faire interpeller par son titre.  Par exemple, notre adorable réparateur de vélo prend le titre de « shifu » qui veut dire maître (il est vraiment maître dans son art) et notre chauffeur de taxi prend celui de « siji » qui veut dire conducteur. 

Donc, mon regard fatigué croise celui de professeur Meng.  Il faut dire que professeur Meng est loin d’être le rêve de ses élèves.  Elle arbore un air genre : « faites moi pas chier mes ptits maudits. J’ai cassé des temples durant notre grande Révolution et je suis spécialement ici pour vous rappeler que le chinois, c’est impossible à apprendre ».  Elle a une petite bouche pincée, une éternelle veste col Mao et des petites lunettes rendant ses yeux bridés encore plus … bridés.  Cette session-ci, dans ma classe, nous ne sommes que deux Occidentales, mon amie américaine Janelle et moi, Ming Li.  La cloche a à peine retentit à mes oreilles que déjà professeur Meng casse le brouhaha des étudiants de sa voix sèche et cassée : « Hao, women shang ke (bon, nous commençons le cours) ».  Prenant un air déçu qui s’avère presque touchant, elle commence par nous annoncer que les résultats des tests ne sont pas satisfaisants.  Je me dis encore secrètement que même si nous avions tous eu 90%, cela n’aurait pas été satisfaisant. Elle commence donc par nous souligner les erreurs les plus communes pour ensuite nous distribuer nos examens, en prenant soin, bien sûr, de porter un regard des plus pesants sur les étudiants aux copies les plus barbouillées de rouge. 

J’avais bien étudié pour ce test et c’est avec une légère surprise que je reçois ma copie marquée de la note 78%.  Ceux d’entre vous qui me connaissent bien s’imaginent tout de suite la lourdeur de mon cœur mais, ne vous en faites pas, je commence à être habituée.  Ce qui me surprend le plus, c’est surtout la sévérité de la correction de cette chère Meng.  Des points qui s’envolent par ici, par là et ce, pour des erreurs que je juge absolument bénignes.  Je maîtrise toutes les notions grammaticales du premier numéro mais j’ai fait quelques erreurs dans la formulation des phrases.  Bon sang, je sais quand même utiliser les notions correctement, commençais-je à fulminer.  Mais la cerise sur mon sundae de grammaire s’avéra être le dernier numéro.  Cette chère Mme Rêve, contre toute attente, avait décidé de nous poser des questions sur les textes à l’étude.  Ces textes à l’étude, dont le premier portait sur la différence entre l’homme et l’animal et le deuxième sur la mission de Vladimir Komarov dans l’espace, nous aident à apprendre de nouveaux mots et de nouvelles notions grammaticales.  Même s’ils sont souvent complexes, ces textes s’avèrent pour la plupart utiles.  Le problème avec les questions du test, c’est qu’il fallait répondre en utilisant exactement les mots du texte à l’étude.  Par exemple, que dit Komarov à sa fille juste avant l’écrasement de sa navette?  Bah, il lui dit qu’il l’aime et qu’à chaque année, elle doit aller sur la tombe de son père afin de lui relater ses études.  Et professeur Meng de rayer le tout d’un gros X et réécrivant : Il lui dit qu’il l’aime comme seul un père peut aimer sa fille et il l’invite à se recueillir, chaque année qui viendra, sur sa tombe et de lui parler avec joie de ses études.  Alors, Québécois, c’est pareil ou non?  Pour la prof en moi, c’est pareil.  L’étudiant, qui a travaillé sur ce texte et qui, chaque jour, a écouté mes explications, a bien répondu à la question.  Mais pour les Chinois, ça ne fonctionne pas comme ça.  C’est fidèle au texte ou tout faux. 

Non seulement ai-je marmonné d’une façon inaudible que je ne suis pas en Chine pour apprendre par cœur les dires d’un vague astronaute russe mais aussi ai-je clairement souligné à Mme Meng que sa correction était beaucoup trop sévère.  Elle est d’abord étonnée de ma tirade.  Tous nos camarades de classe sont silencieux, fixant leurs copies avec désespoir.  Ils n’osent rien dire, comme toujours.  Meng écarquille ses petits yeux et, dans un sourire trahissant son malaise devant ce qu’elle doit considérer comme de l’effronterie, me répond : « Non, ce n’est pas sévère.   Ming Li tongxue (camarade étudiante), je suis convaincue que tu feras mieux lors de ton prochain examen.  Tu te situes en haut de la moyenne, ce n’est pas comme xx (et elle nomme certains étudiants devant tout le monde) qui ont complètement raté l’examen ».  Voilà, fin de la discussion. 

Et bien, Ming Li est en calvaire.  Le chinois, c’est du par cœur, c’est juste ça.  Apprendre le chinois, c’est pousser sa mémoire à l’extrême mais c’est aussi se rendre compte que ces maudits Asiatiques fonctionnent d’une toute autre façon que la nôtre.  Ici, pas de place à l’interprétation ni à la création et encore moins à l’imagination.  Comme dirait ma copine Janelle : You got stock in a keben (cahier) and you can’t get out of it ! (sur l’air de U2 bien sûr).  C’est une langue tellement pleine d’images subtiles et tellement chargée d’histoire mais les professeurs trouvent le moyen de la rendre redondante, compliquée et ennuyante.  Nankai University est l’une des universités les plus reconnues de Chine et je suis fière d’y avoir été admise et d’y poursuivre une formation qui me fait progresser à une vitesse inespérée.  Mais les méthodes d’apprentissage diffèrent tellement des nôtres qu’il est inutile de se battre pour les changer un tant soit peu.  Professeur Meng a clôt cette discussion avec un air qui n’invitait pas à une réplique de ma part.  Alors j’ai fait comme les Coréens et les Japonais de ma classe; j’ai ravalé ma colère sans rien dire et j’ai ouvert mon livre pour qu’on apprenne par cœur les éléments d’une nouvelle leçon, ses 98 nouveaux mots et, bien sûr, pour qu’on prépare le prochain examen qui aura lieu dans … deux semaines.  Vive le chinois!

On lâche pas!

Studieusement vôtre,

Emilie dans les caractères chinois
xxx
 

Par Emilie Cadieux - Publié dans : alexetemilie-en-chine
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Jeudi 6 janvier 2005 4 06 /01 /Jan /2005 00:00

À la sortie de mon interminable cours de ting li hier soir, il neigeait à gros flocons sur Tianjin.  C’était notre première petite bordée et j’étais presque comme un enfant tellement cette nouvelle couverture blanche a tapissé mon moral d’une couche de joie.  Enfin disparue la pollution et les rues grises!  Comme le précisait d’ailleurs la professeur d’Alex, c’est justement la raison pour laquelle les gens de Tianjin accueillent habituellement la neige à bras ouverts : elle efface les déchets qui jonchent les rues et chasse, pour quelques jours, la pollution du ciel.  Vive la neige!

Le problème c’est qu’à mon sens, les Chinois ne sont pas trop habitués à la neige.  D’abord, il me semble que les voitures ne sont pas munies de pneus d’hiver.  Hier, j’ai compté six accidents de voiture sur le chemin du retour.  Un chauffeur de taxi ayant embouti une BMW dernier cri a marqué mon imaginaire pour toujours.  Cigarette au bec, arrêté au beau milieu d’une artère à quatre voies complètement congestionnée et carafe de thé pendue à la ceinture, il s’évertuait, à grands gestes, à intimider le richissime propriétaire de la BMW.  Il criait tellement fort qu’il enterrait presque (j’ai dit presque) le concert de klaxons lui signifiant de bouger son char au plus sacrant!  J’ignore s’il est encore là…

Ensuite, la neige a résulté en des embouteillages monstres sur les principales artères de cette ville surpeuplée.  Heureusement, j’étais en vélo.  Je ne sais pas si vous avez déjà fait du vélo sous la neige mais c’est particulièrement intéressant, d’autant plus si vous êtes juché sur un vélo tellement pourri qu’il ne trouverait même pas preneur au marché aux puces de St-Esprit.  Les Chinois en vélo sous la neige sont comme les conducteurs du dimanche sous la neige : ils crèvent de peur et ralentissent la cadence.  Résultat : la voie réservée aux vélos était, elle aussi, congestionnée et ce, à mon grand dam.  Me frayant un chemin à toute vitesse, j’étais toute fière de leur montrer que la neige ne me fait pas peur!  Pffff, je viens du Québec quand même.

C’est quand j’ai aperçu l’immense flaque de gadoue noire que j’ai compris pourquoi il est inutile de vouloir faire son Jacques Villeneuve.  J’ai tenté par tous les moyens de freiner mais, comme à l’habitude, le vélo a à peine ralenti.  J’ai, par conséquent, mouillé tout mon pantalon et mon vélo, séparant les eaux comme Moïse, a éclaboussé tout le monde autour de moi.  J’avais oublié que la neige, c’est bien beau mais juste pour 10 minutes…  Surtout que ces maudits Chinois (que j’avais dépassé le menton en l’air) se sont bien moqués de moi et … avec raison.

Une fois arrivée dans notre petit Fukang Huayuan (jardin de fleurs), j’ai pu retrouver le sourire devant la beauté du paysage.  Tous ces vélos couverts de neige, c’est quand même assez impressionnant!  Aujourd’hui, j’ai même vu des petits Chinois faire un bonhomme de neige. 

Ma dernière semaine de cours se termine demain et les examens se pointent déjà le nez lundi.  Derniers efforts avant l’ultime repos!

Je vous embrasse sous les flocons,

Emilie xxx

Par Alexandre Lachance - Publié dans : alexetemilie-en-chine
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Mercredi 29 décembre 2004 3 29 /12 /Déc /2004 00:00
Québécois, bonjour!

L'année se termine sur l'ouverture de notre blog.  Il vous sera dès lors possible de lire nos chroniques sur cette page, sur notre vie en Chine, nos visites, nos expériences, nos découvertes.

Comme certains le savent déjà, nous avons célébré Noël à Beijing, capitale de cette République populaire de Chine en plein changement, remplie de contrastes et de paradoxes.  Après un court trajet de train, nous étions enfin réunis dans cette ville qui nous a tant fait rêvé, l'un comme l'autre.  Nous avons déniché un petit hôtel charmant sorti de nulle part, caché derrière le grand hôtel de Beijing et à une dizaine de pas de la Place Tian'anmen.  À l'image de la ville, le petit hôtel se prépare déjà pour les Jeux de 2008 : en totale rénovation et reconstruction.  Heureusement, la chambre, toute neuve, était toute chaude, ce qui faisait changement de notre congélateur de Tianjin! 

Une fois arrivés, pas question de se terrer à l'intérieur.  Les combines enfilées, nous étions dehors à la recherche de la Cité interdite toute illuminée.  Quelques mètres plus loin, elle était juste devant nous, imposante dans toutes ses lumières, sa splendeur et cette impression chargée de millénaires d'histoire dégagée par ses immenses portes, ses dizaines de drapeaux et, bien sûr, le gigantesque portrait de Mao qui surplombe la Place Tian'anmen.  Cette dite place publique est située juste en face de la Cité, elle aussi ayant vu certains des plus importants événements de l'histoire de la Chine moderne.  Nous n'avons qu'à vous rappeler les manifestations étudiantes de juin 1989.  Inutile de vous expliquer en long et en large notre émerveillement.  C'est un 24 décembre que nous n'oublierons jamais!
Ce soir là, nous avons dégusté deux plats exquis : des crevettes entières sautées à la séchuanaise et un porc aigre-doux, le tout accompagné d'une bière locale. 

Nous avons passé la journée de Noël à visiter un des derniers hutong de Beijing, ces petits quartiers de maisons basses sur cour typiques du nord de la Chine.  Nous avons eu l'impression de saisir le quotidien menacé des habitants des hutong.  La plupart de ces petites maisons ne comportent souvent ni chauffage ni eau courante.  Nous avons même vu une femme, en tenue de nuit, sortir d'une salle de bains commune, les cheveux mouillés et serviette à la main.  Il faisait -5 et nous, emitoufflés dans nos manteaux, la regardions, ébahis de savoir qu'elle venait de se doucher à l'eau glacée. 

Nous avons dégusté des nouilles et des jiaozi dans un petit boui-boui sympatique où nous avons rencontré trois Chinois bavards (par chance, Émilie maîtrise maintenant bien le mandarin).  Discussions intéressantes plus tard, nous étions de retour à l'hôtel pour se réchauffer un peu et se préparer pour notre souper de Noël dans le plus grand restaurant de canard laqué de la capitale chinoise : Quanjude Beijing kaoya!  Le canard fut à la hauteur de nos plus folles attentes : succulent et bien gras! (voir les photos). 

Dimanche, nous avons enfin pu voir le vieux Mao dans son mausolée.  Ce fut toute une expérience...  D'abord, il faut passer au vestiaire où chaque touriste et chaque Chinois s'assure de laisser ses sacs et sa caméra (pauvre Alex!).  Ensuite, on rejoint une file qui, pour le milieu de l'hiver, était, à notre avis, immensément longue.  Notre attente fut agrémentée de Chinois qui nous dévisagaient (ce qui ne fait pas changement de l'habitude) et de gardiens chinois (on aurait dit des gardes rouge) qui criaient dans des porte-voix : "interdit de prendre des photos! interdit de dépasser la ligne! interdit de s'arrêter à l'intérieur; vous suivez le flot!".  Une fois près de la bâtisse abritant le dit vénéré, une bonne troupe de Chinois se lancent à l'achat de fleurs en plastique au coût de 2 yuans qui, à l'entrée, seront re-désoposées dans un charriot de métal en avant de l'immense statue Mao.  Nous avons présumé que le lendemain, le charriot retournait dans la boutique de fleurs en plastique! Après avoir vu des Chinois se prosterner devant la statue (incroyable), nous avons pénétré dans la pièce où est exposé le corps du président-demi-dieu formolé : MAO!  De vieilles paysannes, juste devant nous, pleuraient à chaudes larmes et nous, n'en croyions pas nos yeux.  Nous avons compris, à l'issue de cette visite éclair (cela dure à peine 2 minutes) que la majorité des Chinois ordinaires ignorent encore tout des atrocités commises par cet homme.  Les visiteurs peuvent, à la suite de leur expérience, acheter millions de souvenirs à l'effigie du grand Mao : montres, briquets, carafe de thé, etc.  Et en sortant, juste derrière la place Tian'anmen, nous appercevons le grand M doré du McDonalds qui se dessine au loin...  Nous ignorons si Mao se retourne dans son mausolé de verre!

Notre week-end de Noël fut donc inoubliable et nous a grandement changé de la grisaille de Tianjin.  Nous nous sommes payés, juste avant le retour, une bouffe dans une trattoria italienne digne de la Petite Italie.  Miam!

Bisous et à bientôt,
Emilie et Alex en Chine xxx

Par Alexandre et Émilie - Publié dans : alexetemilie-en-chine
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